Politique | Grève des poubelles – Benoît Payan : « Marre de voir les Marseillais être pris en otages »

Il aurait aimé souhaiter une bonne année aux Marseillais, mi-janvier, lors d’une cérémonie festive. Mais la pandémie aura eu raison de cet événement qu’avait imaginé le Printemps marseillais. Au terme de ce premier mois de l’année, La Provence a proposé au maire PS de Marseille de balayer ses priorités et projets pour 2022. Une nouvelle année qui ne sera pas, pour lui, présidentielle. « Ça ne m’intéresse pas », tranche-t-il, deux semaines après s’être détourné de son alter ego parisienne, Anne Hidalgo, et à peine masqué sa préférence pour Christiane Taubira. Un peu plus d’un an après son accession dans le fauteuil de maire, Benoît Payan préfère se concentrer sur un seul sujet (ou plutôt cent) : Marseille. À commencer par la troisième vague de grève du ramassage des poubelles. Après avoir réclamé lors du premier conflit en octobre dernier – déjà dans nos colonnes – de récupérer cette compétence, l’édile hausse le ton. Et vise désormais directement la présidente LR de la Métropole, Martine Vassal, qu’il avait pourtant épargnée jusqu’ici. Face à une situation sociale sclérosée qui impacte l’ensemble des 870 000 Marseillais, Benoît Payan imagine des solutions. Comme rapatrier à Marseille des éboueurs affectés à d’autres territoires de la Métropole pour nettoyer enfin Marseille. Maniant également le bâton, il se demande « ce que Marseille fait encore dans la Métropole ». Une façon d’introduire dans le débat une possibilité – pour l’instant inimaginable – que la principale commune de l’EPCI, représentant presque la moitié de la population, fasse sécession. Pour ce dossier comme pour celui des écoles, dont la société publique chargée de la rénovation vient tout juste d’être créée, c’est aussi l’État et son premier représentant, Emmanuel Macron, qui ont une partie des clefs. Le président de la République est d’ailleurs attendu le 7 février. Notamment par Benoît Payan, qui espère un nouveau geste, cette fois sur la question du logement. Et entendre de sa bouche une confirmation : oui, le milliard proposé par le gouvernement pour les transports doit d’abord désenclaver le nord de Marseille. L’une des multiples pierres d’achoppement avec la Métropole…

La Société publique des écoles marseillaises vient d’être créée. Quand en serez-vous officiellement président et quelle est la prochaine étape ?
Benoit Payan : Les fonds ont été versés jeudi soir et un conseil d’administration devrait se réunir ces prochains jours. Les statuts seront déposés et nous serons alors prêts à lancer les marchés publics et à se mettre au travail. On a créé une société dans un temps record, cela reste du jamais vu.

Combien de chantiers seront lancés en 2022 ?
Trente. Même si certains ne démarreront pas cette année, ce sont bien trente groupes scolaires qui sont dans le viseur.

Avec une répartition sur l’ensemble de la ville ou en priorisant par rapport à l’état de certaines écoles ?
Ces deux critères seront évidemment pris en compte car certains groupes scolaires sont dans un état catastrophique, et il y en a beaucoup à Marseille. Ce n’est pas une vision politicienne des choses, je n’abandonne pas les enfants sous prétexte qu’ils ne sont pas dans les bons quartiers. Cela a été fait pendant trop longtemps et cela a coupé la ville en deux.

Les maires de secteur de votre opposition regrettent de ne pas avoir été concertés sur les choix qui concernent « leurs » écoles…
Je ne réponds pas aux polémiques lancées par des politiques qui n’ont rien fait pour les écoles pendant 25 ans. Ce ne sont pas des commentaires que l’on attend d’eux mais plutôt des excuses. Ils ne découvrent pas l’état de leurs écoles, ils les ont vues se dégrader année après année sans que la mairie centrale, qui était du même bord politique, ne prenne en compte les difficultés. Aujourd’hui, les choses sont différentes.

Vous avez fixé un objectif de 80 écoles rénovées d’ici la fin de votre mandat. Est-ce réalisable ?
Nous tiendrons les objectifs, même s’il y a les aléas du chantier. Ce n’est pas parce que c’est compliqué que nous n’y parviendrons pas.

Ce vaste projet est également un défi pour le secteur marseillais du BTP…
Ce Plan écoles est l’une des plus grandes aventures en termes de création d’emplois ! Nous injectons 1,2 milliard d’euros dans l’économie marseillaise ; les retombées sont estimées à 2,2 milliards ! Cela va créer des milliers d’emplois chez les architectes, les maçons, les plombiers, les couvreurs, les géomètres…. Ce qui est bon pour les petits Marseillais le sera pour les entreprises marseillaises et pour l’ensemble des Marseillais. Jamais, depuis la Guerre, une municipalité n’avait lancé un plan aussi important en termes de retombées économiques. Les petites et très petites entreprises devront s’y retrouver et devront pouvoir répondre aux appels d’offres. C’est la raison pour laquelle les cahiers des charges devront être très précis. Même une entreprise ayant un seul employé devra y trouver son compte, non pas pour construire à elle seule une école mais pour y contribuer. C’est un immense défi dans lequel tout le monde trouvera sa place : on va remplir leurs carnets de commandes pour les dix prochaines années.

Emmanuel Macron reviendra à Marseille dans quelques jours. Attendez-vous qu’il fasse de nouvelles annonces, notamment en termes de logement ?
Il lui appartient de faire ces annonces. J’ai eu l’occasion de discuter avec lui autour de la question du logement. Il a bien saisi que c’était un sujet extrêmement important pour la ville. Dans ce domaine-là, il y a une multitude d’acteurs, de compétences, un manque d’ambition d’un certain nombre de partenaires. Tout cela fait que le logement dans la ville s’est dégradé. Les primo-accédants, les jeunes couples, les retraités, les femmes seules ne parviennent plus à se loger. Les prix augmentent sans cesse. On a également, pour des milliers de Marseillais, des conditions de logement indignes. J’ai mis cette réalité sur la table. J’ai plaidé pour que l’État investisse des centaines de millions d’euros sur la question du logement à Marseille. Comme pour le Plan écoles, les retombées économiques seraient énormes, estimées à un milliard d’euros. Avec les chantiers des écoles et du logement, la Ville va connaître l’un des plus grands bouleversements urbanistiques depuis 70 ans.

Un grand plan a pourtant été déjà lancé, avec la SPLA-IN, le Projet partenarial d’aménagement (PPA), non ?
Oui, mais désormais il faut de l’argent et l’investir. Mercredi, je participerai à un comité d’engagement Anru. Je compte bien en ressortir avec beaucoup d’argent et pas simplement des promesses. Il n’y a pas de raisons que toutes les villes de France réussissent à obtenir la solidarité de l’État et que la mienne regarde passer les trains.

Vous souhaitez que le Plan local d’urbanisme intercommunal soit revu afin d’abaisser le seuil de construction de logement social dans les opérations. Comment comptez-vous vous y prendre ?
Je n’ai pas de poids auprès des promoteurs. Nous devons produire 5 000 logements par an. Aujourd’hui, le PLUi m’empêche de le faire. La Métropole doit prendre en compte la réalité de Marseille. La Métropole doit rester un outil : si la Ville de Marseille fait une demande, elle doit y répondre, ce qui n’est pas vraiment le cas.

Êtes-vous favorable à l’encadrement des loyers ?
Oui, on peut même demander des expérimentations spécifiques en la matière. Tout doit être fait pour contenir l’augmentation des prix. Si la ville est sous l’éteignoir de la Métropole pendant encore des mois et des mois, il va y avoir un arrêt de la construction et les prix vont exploser. La Métropole joue avec le feu.

Pour la 3e fois en 4 mois, un conflit oppose la Métropole aux éboueurs et plus particulièrement à FO. Comprenez-vous la position de ce syndicat ?
Le sujet du syndicalisme et de leur opposition ne me concerne pas. En réalité, depuis quatre mois, la ville est restée sale, la situation n’est jamais revenue à la normale. Les Marseillais vivent sous les ordures depuis quatre mois. Tous les jours, je reçois des courriers d’habitants qui pensent que le maire s’occupe de la propreté. Cela fait 22 ans que c’est la Métropole qui est compétente en la matière. Mais maintenant, je dis : ça suffit. Je souhaite, je veux et j’exige que la ville soit propre. J’en ai marre de sortir tous les matins de chez moi dans une montagne de poubelles, comme l’ensemble des Marseillais.

Quelles sont les solutions pour sortir du conflit ?
On doit faire jouer la solidarité métropolitaine. La Métropole nous dit que la ville est sale à cause de l’absence de 20 agents ? Ce n’est pas compliqué : puisqu’on est dans la Métropole, il faut aller les chercher à Lamanon, à Istres, à Gémenos, à Aix… Sinon, que fait-on dans la Métropole ? On ne trouve Marseille que pour payer les impôts. Cela ne marche pas. Le dialogue social est certes difficile mais lorsque l’on regarde les autres villes de la Métropole, elles sont propres. Peut-être parce que les agents sont mieux traités, mieux payés et qu’on y met le paquet… Cette affaire ne va pas durer longtemps. J’ai hurlé et répété que je voulais récupérer ces compétences. Je suis pieds et poings liés car la Métropole fait l’autruche. Cela ne peut pas durer. Les gens vont devoir se parler, de gré ou de force. J’en ai marre de voir les Marseillais être pris en otages. Qu’ils se parlent et qu’ils reprennent le travail au plus vite. Si je dois me mettre au milieu, je le ferai. Peu importe qui a tort et qui a raison.

Si vous aviez la compétence de la propreté, comment auriez-vous géré la situation ?
Avec des si… Je ferais différemment, c’est sûr ! Moi quand j’ai un problème, je me débrouille. Par exemple, j’ai récupéré une situation chaotique dans les écoles avec des cantines fermées, des tatas en grève tous les jours. On s’est retroussé les manches et on se débrouille, même si tout n’est pas parfait. Mais pour en revenir à la collecte, la réforme a été imposée par le gouvernement il y a trois ans. Il aurait fallu la faire à ce moment-là et pas attendre que les élections municipales ne se passent.

Vous évoquiez les écoles ; depuis la rentrée de janvier, des enfants de 10 à 20 écoles n’ont plus de repas chauds (lire notre édition d’hier)…
C’est inacceptable. Nous sommes parvenus à maintenir 460 des 480 cantines ouvertes, avec des protocoles sanitaires infaisables, des agents malades… J’aimerais évidemment en avoir zéro. Mais plus le gouvernement jouera avec le feu, plus nous serons confrontés à des situations difficiles.

Vous aviez promis la distribution de 100 000 masques FFP2 pour le personnel municipal en lien avec du public. Où en êtes-vous ?
La distribution est en cours.

L’entrée en vigueur du pass vaccinal a-t-elle un impact sur le dispositif de vaccination mis en place par la Ville ?
Cela va forcément évoluer. Nous avons eu des pics avec plusieurs de milliers de vaccinations par jour. Là, nous en sommes en moyenne à 500 par jour. On va garder un dispositif de vaccination, peut-être pas un hall entier à Chanot. Mais nous maintenons le dispositif mobile, même si c’est de la dentelle.

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